Extrait du châpitre:PAPRIKA mon prince.

Publié par CYMONE

Paprika mon prince.

…Paprika dort d’un sommeil profond, alors que moi je n’ai fermé les yeux que quelques instants ! C’était trop peu ! Insuffisant ! Ridicule ! Une mini-sieste tout au plus ! Pendant 7 heures de vol je cherche le repos. J’ai raté le train du sommeil qui habituellement passe de bonne heure. Normal, à cette heure là j’étais encore dans l’aéroport Charles De-Gaule ! En attendant Paprika dort comme une marmotte.

Evidemment, l’atterrissage est difficile. Evidemment je me suis endormie trop tard, juste avant l’arrivée et le réveil est brutal, c’est normal. Alors que Paprika qui a dormi comme un ange pendant tout le voyage, arrive calme et détendu à l’aéroport. Quelle chance d’être à l’aise partout, de se sentir si bien qu’il suffit de fermer les yeux pour s’endormir du sommeil du juste. C’est injuste la vie ! Moi je ferme les paupières avec lassitude, comme un forçat qui s’écroule en fin de journée. Je ne pense même plus. Mon esprit fait le vide brutalement le temps d’un somme entre deux stations de banlieue. Puis il refait surface, réveillé sans doute par une douleur sournoise qui m’irrite le ventre et éveille tous mes sens.

A la descente de l’avion, la tête me tourne, je m’appuie sur le bras de Paprika pour ne pas chuter sur les marches. Sur le tarmac de l’aéroport, le malaise est encore plus chavirant. De 20 à 25 degrés d’air conditionné dans l’avion, nous passons subitement de l’ombre au soleil avec des températures avoisinant les 30 degrés à l’ombre et un air chargé d’humidité à 80%. Le sol semble se dérober sous mes pieds, et mes jambes peinent à me porter. Je m’agrippe de nouveau à Paprika qui me soutient en attendant l’arrivée du minibus qui nous conduira dans la gare climatisée. Accueilli chaleureusement par notre guide, le groupe s’engouffre dans un car climatisé, et c’est le début de la grande aventure…

…La nuit, lors des grandes distances où l’on ne trouve aucun WC à la ronde, le chauffeur propose des pauses cimetières ! D’un côté ça soulage mes craintes, d’un autre ça me dérange. Dans les vieux cimetières, les herbes folles agitées par le vent s’enroulent sur mes mollets comme des serpents invisibles. Si les ténèbres voilent ma pudeur, elles amplifient ma terreur. Le jour, les pauses pipi se font dans les bois ; là aussi je ne suis pas rassurée du tout. Heureusement c’est Paprika qui s’est trouvé nez à nez avec un bel iguane. « Même pas peur ! » il a dit Paprika. Le jour nous faisons quelques haltes chez des artisans, comme les sculpteurs sur bois qui font des merveilles et travaillent avec passion. En confiant discrètement mes soucis de santé au guide, il me propose la noix de muscade fraiche. A deux pas des artisans, il y a une minuscule épicerie qui m’en fournit. Je suis aux anges, désormais je ne jure plus que par elles. (Les noix de muscades sèches perdant une grande partie de leur efficacité). J’en croque un petit morceau chaque matin, et chaque fois que le besoin s’en fait ressentir. Désormais je me sens mieux. Pas guérie, mais plus tranquille pour affronter les visites.

Nous faisons des pauses déjeuners tous les midis. Dans chaque restaurant, les buffets sont princiers. Les currys sont variés, leurs sauces onctueuses, leurs odeurs alléchantes. Mais pour moi leurs saveurs restent secrètes, indéfinissables, interdites à la colopathe qui à pour consignes du médecin, de se méfier de tout et principalement des plats en sauces. Je suis condamnée au riz sec et à l’eau !

Pourtant, à Polonnaruwa, sur les marches d’un temple, un mage au torse nu et au crane enturbanné de rouge me prend la main. Mon chiffre porte-bonheur est le 7. J’aurai 3 enfants, et 1 seul mari ! En 1995 je ne serai plus au chômage et trouverai du travail au Sri Lanka. Enfin c’est au Sri Lanka que je mourrai en bonne santé, mais pas avant d’avoir atteint mes 92 ans ! Le programme est un peu ambitieux quand même !

Quand nous rentrons en France, que l’avion décolle de l’aéroport de Colombo, je suis remplie d’espoirs. Paprika a aussi dans sa poche l’adresse d’un correspondant qui m’enverra en France des noix de muscade fraiches pour soigner ma colopathie fonctionnelle.