Extrait du chapitre 16 de "COLOPATHIE-PARTY..."Syndicalisme, travail et état d’âme.

Publié le par CYMONE

16 Syndicalisme, travail et état d’âme.

….J’étais rentrée dans une équipe 100% masculine. Tous les matins on se réunissait autour du café et du chef qui surveillait l’heure d’arrivée et sanctionnait les retardataires d’un avertissement verbal avant de donner ses directives pour la journée. J’étais la seule femme au milieu d’hommes un peu rustres, un peu machos. Forcément certains m’ont chahutée pour la forme, mais aussi pour se prouver qu’ils étaient des hommes. Sur les chantiers on en rencontrait des vrais, des tatoués comme ils disaient dans le bâtiment ! Parmi eux, deux jeunes hommes, mariés et pères de familles de surcroît, souhaitaient le contact facile avec les femmes, et il fallait que ça tombe rapidement. Ils devaient compléter leur tableau de chasse personnel, quelque soit la combine, quelque soit la femme. D’accord ou pas, la femme n’avait qu’à s’exécuter ; et d’ordinaire c’est une méthode qui fait ses preuves. Oui, mais là, ils sont tombés sur une rebelle ! Ca ne c’est pas déroulé selon leur protocole ! Je n’ai pas fait d’esclandre, je les ai laissés s’embrouiller tous seuls. Plus exactement, ils se sont laissés prendre à leurs propres pièges, se sont emmêlé les pattes et se sont rétamés comme il faut ! Voilà, dans ces situations, il suffit d’un peu d’astuce pour s’en sortir !

Pour moi, ces liaisons épisodiques ne ressemblaient à rien. Elles ne menaient à rien, qu’au danger de se retrouver enfermé dans une relation où seuls les corps s’enflamment et où les battements de cœurs sont inaudibles. Dans ces rapports amoureux, il n’est pas question d’amour, le cœur doit se taire, il doit faire profile bas ! Seul le sexe doit s’exprimer pour ne pas perturber le fragile équilibre des couples officiels. Il faut respecter au minimum cet anneau symbolisant la fidélité jurée devant monsieur le maire et déposé solennellement sur l’autel, aux pieds du saint esprit. Posé sur la table de nuit, ce petit cercle de métal tient au respect l’homme et la femme adultérins, qui s’égarent le temps d’un soupir dans le petit hôtel où ils se sont donné rendez-vous un après-midi. Le plaisir avant toute chose. Les frissons furtifs. Tout oublier dans ses bras. S’oublier dans ses draps. Etre dans de beaux draps. Le corps à ses raisons que la morale ignore !

Dans ces liaisons hâtives, les corps s’allument au quart de tour, ils s’enflamment au premier regard de braise. S’embrasent au premier baiser et leurs peaux brûlent d’un ardent désir. Pour apaiser leurs brûlures ils se jettent précipitamment dans les bras l’un de l’autre et atteignent le septième ciel à la vitesse fulgurante d’un missile lancé en plein cœur. Ce cœur qui doit rester à sa place, qui ne doit pas contester, ne doit pas broncher au risque de s’attacher, de devenir collant et encombrant. Ce cœur qu’il faut remettre sans cesse à sa place quand il fait des détours et s’aventure sur le chemin de l’amour avec un grand « A ». Cœur en déroute émet des doutes !

Ce cœur qui doit rester tranquille, et qu’on ne peut maîtriser. Ce cœur qui ne doit pas s’emballer, mais qui part au galop.

S’aimer c’est se donner corps et âmes avec déraison. C’est ne rien retenir, se livrer tout entier au risque de tout perdre, ou de perdre sa moitié restée sagement à la maison. On ne se refait pas. Sentimentale je suis, sentimentale je reste. Impossible d’imaginer une quelconque relation amoureuse en laissant son cœur à la maison, en l’empêchant de battre, en refusant de l’écouter. « Le cœur à ses raisons que la raison ignore »

Mon cœur il est trop vulnérable, trop enclin à se laisser emporter dans la tourmente de mes sentiments. Si mon esprit est un peu coquin, mon cœur lui, est trop câlin, trop tendre pour le livrer tout entier à un amant trop pressé, qui se moquerait éperdument de ma petite personne.

Mon cœur il ne sait pas feindre l’indifférence. Pour se protéger il se mûre dans le silence et l’abstinence. Et pourtant je me sens si seule parfois que je serai prête à confier mon chagrin au premier qui voudrait bien l’entendre. Paprika ne perçoit pas mes désirs, ma sensualité, il n’entend pas mes soupirs. Dans le monde du travail, il y a autant de solitudes cachées que de cœurs à prendre. Il y a tant de sollicitude que la tentation est grande, et l’attraction irrésistible. De son côté Paprika a trop à faire, trop de travail, trop de relations, trop d’activités sociales, trop de frères et sœurs maçonniques qui comptent sur lui. Avec tout ça un sentiment de solitude s’installe et l’impression d’abandon prend racine. Cette impression se développe si vite qu’elle prend toute la place et envahit mon cœur. La tentation est toujours là. Elle me nargue, me fait du rentre-dedans, me défie, se joue de mes inquiétudes.

Paprika a-t-il autant d’états d’âmes, lui qui semble toujours bousculé ? Lui toujours occupé par ailleurs ; un ailleurs où je ne suis pas.

A quoi bon philosopher, se faire des illusions, échafauder des plans, se construire une romance, puisque la maladie balaye tout espoir de vivre pleinement sa vie ? A quoi bon y penser, puisqu’avec ce type de maladie même le rêve est interdit. Autant mettre la tentation dans sa poche, poser un mouchoir par-dessus et l’étouffer comme l’orgueil qui remonte toujours à la surface…

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